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Christine Läng
Diacre en milieu professionnel : un ministère du seuil, au cœur du monde

 


Un ministère marginal

Consacrée, en 1997, au ministère de diacre en milieu professionnel par l’Eglise Protestante de Genève (EPG), j’ai reçu, de sa part, une lettre de mission pour établir et guider le mandat qu’elle me confiait dans mon ministère. Cette lettre établit en fait une sorte de contrat tacite, entre l’Eglise et celui ou celle dont elle reconnaît la vocation, et qu’elle envoie dans le monde. Elle s’engage ainsi, elle aussi, à accompagner, à entourer, à suivre son ministre qui, lui aussi, a pour responsabilités, de l’interpeller et de l’informer quant aux questions et autres défis auxquels il se retrouve confronté dans son ministère.

C’est à la Commission des Ministères qu’avait été confiée la charge de faire le point, chaque année, avec moi. En 11ans, je n’ai été entendue qu’une seule fois, et ceci avec tous les autres diacres de l’EPG, lors d’une séance unique !

Aussi, peu à peu, j’ai fait l’expérience que mon ministère était marginal et clairement oublié par cette Eglise qui m’avait envoyée.


De l’importance du cadre ministériel et de ma place dans les soins

Je travaille comme infirmière dans les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). C’est bien à ce titre-là que j’ai ma place auprès des patients.

Des conventions de partenariat entre les HUG et les Eglises de Genève leur permettent de  travailler ensemble sur le terrain des soins, mais à chacun son rôle, sa place et sa spécificité.

J’ai informé la Direction des HUG de mon ministère en milieu professionnel. Cette dernière l’a pleinement accueilli tout en me priant de me référer aux strictes conventions de partenariat HUG-EPG, pour l’exercer Ce que j’ai fait.

 

 

Un ministère de l’ombre  

Dans sa lettre de mission, l’Eglise me demandait de m’efforcer d’« Être un signe discret et visible » sur mon lieu de travail. Ce fut là un des défis majeurs de mon ministère.

 

En effet, l’articulation entre discrétion et visibilité n’a pu s’organiser que peu à peu, essentiellement du fait de la complexité des personnes, des réalités, et des expériences.

Le lieu privilégié de cet enjeu à devenir « signe » s’est peu à peu révélé être, pour moi, celui de la relation. Ce cadre de soin, car c’en est un à part entière, m’a vraiment permis d’approfondir mon écoute, ma sensibilité, mes questionnements, mes doutes, mes peurs, mais aussi ma foi. Cette sorte de confiance qui faisait son mystérieux travail dans la relation.

J’ai appris à m’ouvrir à la spiritualité, au sens très large du terme et me découvrir comme et avec tous les autres, un guetteur de Sens. J’ai suivi cette intuition pour aller de l’avant. Il y a eu, de ma part, de moins en moins de paroles, de plus en plus de silence et d’attention à tout ce qui me construisait et structurait mon ministère, mais davantage d’enracinement, de conscience de qui je devenais dans la relation, en tant que personne et diacre, de plus en plus unifiée.

J’apprenais à mourir à une certaine image ou volonté d’être, pour me laisser conduire et façonner. J’apprenais à accepter d’être le « signe discret et visible » comme « un peu de levain dans la pâte » Matt 13,33. Ou encore d’être « le grain qui tombe en terre… » qui, pour ne pas rester seul, doit mourir. (Jean 12,22)


Comme un maillon unique de la chaîne

Et puis, je me suis sentie devenir un maillon d’une chaîne immense. J’ai senti que ma place, où ma spécificité, allait dans le sens de prêter une attention toute particulière à la dimension spirituelle de la personne. Cette dimension qui transcende et unifie l’être et le met en relation.

J’ai aussi étroitement collaboré avec les aumôniers des lieux où j’ai travaillé. Je les ai sollicités en diverses circonstances, pour intervenir auprès des malades et des familles ou pour soutenir les équipes de soins, mais aussi pour des questions touchant à l’approche spirituelle dans les soins.

Je me suis formée dans l’écoute et la thérapie centrée sur la personne et en éthique clinique, afin d’acquérir des outils pour l’accompagnement et l’écoute des patients, des familles, de mes collègues aussi.

En ce qui concerne le rayonnement de mon ministère sur le terrain, il a été perçu de diverses manières. Le plus souvent, la plupart des personnes avec qui je me suis entretenue à ce sujet faisaient le lien avec leur vécu en Eglise, leurs expériences spirituelles, leur image de Dieu et le caractère très personnel voire intime de la foi. En majeure partie, les personnes redoutaient de parler « spiritualité » ou émettaient souvent des réserves quant à aborder le sujet avec les patients.

Ils préféraient rapidement relayer « le problème » aux représentants religieux ou au psy, selon que le patient parlait de Dieu ou d’une souffrance morale. Connaissant mon ministère, ils m’ont aussi sollicitée et ont abordé certaines questions avec moi.


Un ministère du seuil

Mon lieu de travail est ainsi devenu « un terrain de témoignage et de service, un carrefour entre l’Eglise et le monde ». J’ai senti ce lieu habité, visité, béni.

J’ai essayé d’être comme un veilleur, un priant, pour demander le discernement et le courage de  supporter l’exigence de l’appel que j’avais reçu, pour continuer à l’écouter, à le suivre.

J’ai eu des moments de grands combats, mis j’ai pu m’appuyer et compter à Béthanie, sur une communauté de priants, avec qui, depuis des années, je vis plusieurs offices par semaine et avec qui je peux partager mes trop plein de souffrance.

J’ai pu m’enraciner dans une prière personnelle et quotidienne, lâchée dans le silence de Dieu.

Mon chemin de ministère m’a rendue plus humble, plus attentive à mes limites mais aussi plus consciente de mon potentiel. Mais surtout, il me donne de sentir grandir en moi, une sorte d’apaisement et une joie d’être et de marcher, en compagnie et en relation avec les autres, tous les autres. Ces signes sont aujourd’hui pour moi, les meilleurs alliés de mon ministère.

Quelques voeux non pieux 

Je crois que ce ministère en milieu professionnel a plus que jamais sa place dans l’Eglise et dans le monde.

Il est sa chance et son risque. Car c’est là, au ras des pâquerettes, loin de toutes fausses sécurités, que l’Eglise est appelée à vivre ce qu’elle dit croire et être, et se laisser écorcher.

Elle a le devoir et la responsabilité d’interpeller et d’accompagner celles et ceux qu’elle envoie « hors les murs », et ses envoyés ont le devoir et la responsabilité de garder le lien avec elle.

L’Eglise et ses diacres en milieu professionnel doivent demeurer solidaires et partenaires, aux prises avec les réalités et les questions du monde et de la société.

Entre discrétion et visibilité, au cœur du monde, l’Eglise doit tenir sa place. 

Sa chaise ne doit pas rester vide.



Christine Läng-Urfer Mars 2008

 




Claude Berthoud, témoignage d'un diacre en milieu professionnel

 
Depuis maintenant huit ans, Claude Berthoud travaille dans le canton de Genève, partageant son temps entre activités rémunérées dans le domaine sportif et travail à son propre compte. Il a partagé avec nous son parcours qui a tout d'un cheminement de foi.

Le prof devenu diacre

Claude Berthoud a débuté son parcours professionnel en tant qu’enseignant à Genolier/Nyon dans le canton de Vaud, métier qu’il a exercé de 1973 à 1980. Après quelques années comme animateur au sein des Groupes Bibliques des Ecoles de Suisse romande, il est engagé en 1985 par l’Eglise protestante de Genève. Il exercera durant 18 ans son ministère diaconal selon trois grands axes : le premier axe va être lié à l’animation jeunesse en Eglise (15-25 ans) et son aspect cantonal.

Le second axe consiste à proposer des stages résidentiels de développement personnel aux jeunes adultes de 20-30 ans. Cet accompagnement spécifique est original puisque cette classe d’âge n’était alors que peu rejointe de manière ciblée par les activités de l’Eglise et des paroisse. Son objectif est alors de développer une spiritualité au service du développement de la personne.

Or les finances de l’Eglise sont fragiles et investir un poste diaconal cantonal pour les jeunes adultes, touchant des catholiques comme des protestants et des participants des cantons romands, apparaît aux responsables comme un luxe que la situation financière n’autorise plus. Claude Berthoud est dès lors envoyé en paroisse pour des animations destinées aux 12-17 ans, avant de voir son mandat auprès de l’Eglise se terminer abruptement.

 

Un diacre au chômage en milieu professionnel

Après une période de chômage complet, il a pu être engagé grâce à ses formations sportives dans l’éducation par le sport, en tant que responsable  d’un accueil libre en salles de sport, puis en tant qu’éducateur sportif et responsable technique d’un club formateur de football (450 juniors de 5 à 20 ans).

Parallèlement, lui-même effectue son propre cheminement personnel par rapport à la spiritualité incarnée. Il se forme à titre privé en gestalt, mémoire corporelle et systémique familiale transgénérationnelle.

Aujourd’hui, troisième axe de son ministère, des personnes font appel à ses compétences thérapeutiques par le bouche à oreille, il accompagne des personnes à comprendre et assumer leur histoire personnelle, ainsi qu’à assainir les relations familiales.

 

La spiritualité plutôt que le religieux

Au delà des diffiicutlés financières, liées à sa situation de chômage partiel, Claude Berthoud relève le fait qu’être hors-institution lui offre l’avantage d’une grande liberté dans ses recherches. Une phrase l’habite et résume à elle seule tout son ministère qui se déroule maintenant hors Institution : « La religion appelle l’humain à croire en Dieu. La spiritualité invite l’humain à s’ouvrir à un Dieu qui croit en Lui. Dans ce cas, nous devenons responsables de la confiance que Dieu investit sur nous, et par là sommes invités à nous épanouir, à nous estimer dignes, à développer toutes nos compétences en signe de reconnaissance, y compris en utilisant certaines clés qui sont du domaine de la psychologie humaniste».

Il constate que beaucoup d’adultes sont dans une quête spirituelle, mais qu’ils vont la mener ailleurs que dans le christianisme. Son challenge aujourd’hui est de montrer toute la spiritualité incarnée qui se dégage de certains textes bibliques fondamentaux de l’Ancien et Nouveau Testaments.

 

Liens à distance avec l’Institution

Quels sont ses liens aujourd’hui avec l’Institution ? Il n’a jamais reçu de lettre de mission. « Mon ministère était trop engagé au service d’une spiritualité incarnée en faveur du développement de l’humain, et pas assez au service de l’Eglise. J’ai néanmoins gardé pendant quelques années le lien avec l’Institution, notamment en participant aux Journées théologiques. Par ailleurs, j’accède volontiers à des demandes d’ animations en paroisse ou dans des lieux d’Eglise. Ainsi j’ai pu animer une série de rencontres sur le Décalogue à Avully, à Chancy (Eglise ouverte) une journée sur le thème de la « gestion de la colère », et plusieurs week-ends à Crêt-Bérard (Genèse/la Création, Identité, Colère…) . En fait, ma relation avec l’Institution passe maintenant par des contacts avec des personnes (ministres, conseillers de paroisse...) qui croient en mon ministère ».

 

Avec des liens si distendus par rapport à l’EPG, quelle vision a-t-il du diaconat ?

« Nous, en tant que diacres, nous sommes souvent mal compris, car nous préconisons une manière différente de présenter l’Evangile à nos contemporains. Nous inventons des formes nouvelles pour ouvrir le cœur, l’esprit et le coprs à un souffle nouveau, une spriritualité ressuscitant l’humain debout, libre et responsable, ce qui n’est pas la priorité de l’Eglise institutionnelle. La créativité, l’ouverture, le développement de l’Humain dans toute sa personne sont pour moi les forces du diaconat ».

Une dynamique que Claude Berthoud  s’efforce de mettre en valeur et de défendre hors du giron institutionnel.

 

Interview, Alexandra Urfer Jungen, mars 2008

 







Noémi de Stoutz
Je crois à mon ministère – je l’ai vu

 


En me proposant de me former comme diacre en milieu professionnel au moment où je terminais mes études de médecine  et en me consacrant au moment ou je quittais le canton de Vaud, l’EERV a eu le courage d’imaginer un ministère de diacre en position subalterne dans un milieu professionnel séculier, exerçant hors de son rayon sans être pour autant en terre missionnaire.

Ma lettre de mission tenait compte de ces données particulières et exprimait le caractère expérimental de mon ministère. Elle précisait également que je devais être, pour mes patients, pleinement médecin et non aumônier.

Malheureusement, l’EERV n’a pas su garder un contact qui m’aurait permis, à côté de ma charge de travail et de mes déplacements, de lui donner des échos et d’avancer avec elle dans une réflexion sur ce que je vivais. De mon côté, je n’ai pas recherché de contact plus conséquent. Très vite, je n’aurais plus su à qui m’adresser. Parfois, j’ai rêvé d’un/e évêque qui serait resté personnellement responsable de l’évolution de mon ministère.

Mais je voudrais surtout partager avec vous mes impressions sur le temps où j’ai, à mon sens, vraiment exercé un ministère très proche de ce qu’il devait être.

De 1990 à 1998 j’ai travaillé à l’hôpital cantonal de Saint-Gall, comme assistante en fin de formation d’oncologie puis j’ai dirigé l’unité de soins palliatifs.

Dès mon arrivée j’ai pris contact avec le pasteur de l’église française de Saint-Gall.

Je n’ai pas été installée, je n’ai prêché que deux fois en neuf ans, mais j’avais bel et bien une place dans le culte qui me convenait: en particulier, je prononçais la prière d’intercession que j’étais libre de formuler, j’assistais le pasteur lors de la sainte cène. En plus, j’allais à la rencontre de ceux qu’on voyait pour la première fois. En tant que membre du conseil d’église, j’ai proposé des modifications dans le culte: une garderie pour les jeunes familles, un meilleur accueil de la communauté francophone  africaine, assez nombreuse à Saint-Gall, un peu de vie dans les chants.

L’église a profité de mon activité professionnelle de diverses manières : j’ai créé avec le pasteur notre journal, le « Trait d’Union », j’y ai publié régulièrement l’éditorial. J’ai contribué aux formations offertes par l’église, notamment par des conférences sur des questions d’éthique médicale. Enfin, j’ai souvent écrit des commentaires pour « Pain de ce jour ».

Mon ministère a bientôt intéressé l’église réformée saint-galloise: on m’a demandé d’organiser des stages pour des médecins roumains à qui les paroisses avaient procuré des appareils d’ultrasons. Ce contact a permis des échanges avec des églises en Roumanie et en Yougoslavie. Je les ai visitées deux fois (en pleine guerre des Balkans) en acheminant du matériel humanitaire, dont des médicaments que me confiaient des compagnies pharmaceutiques suisses.

Bien entendu, de nombreuses paroisses m’ont demandé des conférences sur les soins palliatifs. J’ai en outre présidé pendant deux ans le comité d’un EMS évangélique.

 

Dans mon milieu professionnel, le terme de diacre n’était pas connu, mais on me faisait des demandes qui allaient dans le sens de mon ministère. 

 

J’entretenais des contacts réguliers avec les aumôniers et les groupes bibliques des hôpitaux. J’ai organisé des formations continues de soins palliatifs pour les associations de médecins et de soignants chrétiens. Dans les formations et conférences que je donnais hors de ces cercles, mon engagement se détectait facilement et il s’en suivait souvent des entretiens sous 4 yeux avec des auditeurs.

A l’égard des malades je veillais à garder mon rôle strictement médical, mais je demandais des consultations aux aumôniers au même titre qu’aux médecins spécialistes.

Les églises tiennent sur la maladie et la mort de beaux discours légèrement désincarnés. Or c’est justement l’incarnation qui est centrale dans notre foi !

L’idée de consacrer des médecins diacres en milieu professionnel est parfaitement adéquate pour « ramener l’incarnation au milieu de l’église ».


Noémi de Stoutz, mars 2007