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LE MOT DE L’’AUMÔNIER :
« ALLER DONC APPRENDRE… »

Travailler comme aumônier de prison, c’est susciter certaines réactions. Parmi celles-ci, il y a le « comme je t’admire » ou le « comme je te plains ». Or, je ne me retrouve ni dans l’un ni dans l’autre : ni héro, ni zéro. Aussi, je partagerai dans ces lignes quelques réflexions tirées d’un texte avec lequel je chemine dans mon quotidien auprès des détenus.

Le voici : Mathieu 9,9-13 : 9 "Comme il s'en allait, Jésus vit, en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s'appelait Matthieu. Il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. 10Or, comme il était à table dans sa maison, il arriva que beaucoup de collecteurs d'impôts et de pécheurs étaient venus prendre place avec Jésus et ses disciples. 11Voyant cela, les Pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d'impôts et les pécheurs ? » 12Mais Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. 13Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » Le premier élément significatif tient dans cette question : Pourquoi votre maitre mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ?

Observer Jésus en train de manger avec des personnes qu’il ne devrait pas rencontrer, selon certains; voilà une attitude qui inspire fortement la mienne auprès des personnes détenues. En effet, n’y a-t-il pas quelque chose d’inconvenant, d’injuste pour les victimes, que de venir, avec empathie, à la rencontre de ceux qui ont commis des actes illicites, voire franchement odieux ? Oui, sans doute qu’une certaine gêne existe, parfois, mais je m’empresse la congédier. A cause de cet exemple qui vient du Christ justement, et qui m’invite à une plus grande intelligence envers l’humain. Quel qu’ait été son geste. Et puis il y a la réponse de Jésus : Ce ne sont pas les biens portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.

Loin de moi de jouer au docteur avec ceux que je rencontre. Je ne peux en aucun cas me dire médecin au même titre que le Christ ! Je fais partie moi-même de ces pécheurs, avec des manières et des gestes différents sans doute, mais pas si autres que ça. Et je retiens la parole de sagesse de Jésus : en privant un malade de son médecin, obtient-on sa guérison ? Si je prive ces détenus de toute relation, et de celle que je représente comme disciple du Christ, ne vais-je pas les exclure de toute spiritualité, et de son potentiel de pardon, de réconciliation, de reconstruction. Si je me dérobe à leur présence, quelle chance auront-ils de vivre cet ailleurs qu’il faut pour ouvrir un espace nouveau ? Cheminer vers du différent ?

Enfin, la conclusion de Jésus m’interpelle : Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. Et c’est bien ce que je viens faire en prison. APPRENDRE. Apprendre ce que veut dire la miséricorde de Dieu. Pour la personne détenue, pour la victime, et pour moi, dans ce lieu si particulier, si simple et si discuté (voire disputé) que peut être une prison. J’ai beau me moquer doucement de ces religieux qui jugent sans savoir, je ne suis sans doute jamais bien loin d’eux. Car je ne sais pas mieux ce que c’est la miséricorde du Christ pour un délinquant, un malfaiteur, un justiciable – ou de tout autre nom qu’on voudra bien lui donner. C’est pourquoi je me tiens au plus près du Maître pour qu’il m’enseigne, et je me tiens au plus près de ces personnes détenues pour qu’elles m’apprennent, et je me tiens au plus près de moi pour être instruit, formé, à l’amour et la justice de Dieu. Et quelque chose me dit que cette école de la miséricorde du Christ pourrait bien durer.


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LE MOT DE L’’AUMÔNIIER :
PÂQUES A CHAMP DOLLON

Le 31 mars 2013 aura lieu la célébration oecuménique de Pâques à la prison préventive de Champ Dollon. La Pâques. Qui fait mémoire d’un tombeau vide. Vide, parce que celui qui y avait été déposé ne s’y trouvait plus : « Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. » Désormais, pourquoi chercher « le vivant parmi les morts ? » (Lc 24,6).

Vivre dans un lieu clos (comme peut l’être une prison) un mémorial de vie et de libération peut étonner. Cependant, ce n’était pas des murs qui retenaient le Christ captif… mais la mort. Et ici, à Champ Dollon, au sein de ces murs (qui peuvent paraître parfois un tombeau), il y a de la vie ! Selon le mot d’Isabelle Bourgeois (moniale, aumônière de prisons pendant des années) « derrière les barreaux, des hommes ». Oui, des hommes et des femmes en prise avec la même réalité, chacun avec sa raison, sa mission, du gardien à l’aumônier, en passant par l’infirmière ou l’assistant social. Et les détenus, bien sûr ! Leur vie présente est douloureuse et chahutée ou, parfois aussi, simple et animée. Oui, au sein de ses murs, Il y a encore des humains, il y a encore de la vie !

On comprend dès lors que la bonne nouvelle de la Résurrection ne sera pas vaine au cours de cette célébration, car si le signe de Pâques n’ouvrira pas les portes de la prison, il peut ouvrir celles des coeurs : pour un espace de reconstruction, de réconciliation. Un espace de salut, osons le mot ! C’est d’ailleurs, à mon sens, une des raisons majeure de la présence d’un aumônier dans une prison : être là pour la vie. Je n’y suis pas à cause de la justice (je ne suis ni avocat, ni juge) ; pas à cause de la discipline (je ne suis ni policier ni gardien) et pas à cause de la santé mentale (je ne suis ni assistant social, ni médecin, encore que…). Et je ne suis le sauveur de personne ! Ainsi, je comprends aujourd’hui mon engagement à Champ Dollon dans ce fait qu’il y a de la vie et que cette vie doit être accueillie, respectée, entendue. Quel que soit ce qui a conduit cet homme ou cette femme en prison.

Entendu

C’est ici un aspect important de mon activité d’aumônier que celui de l’écoute. Simple et complexe à la fois, l’écoute est, selon les mots de Maurice Bellet (auteur d’un ouvrage majeur sur le travail de l’écoute), « être là, l’oreille ouverte, et laisser dire ce qui se dit ». Ecouter, c’est n’avoir ni volontarisme ni jugement. Il y a en amont de la disponibilité de l’écoutant, un travail important d’allègement. Une mise au large, un émondage, pour écouter réellement. Il s’agit d’abandonner un certain nombre de savoirs et de vouloirs pour être là – à l’écoute. A l’écoute de la vie, de la mort, de la peur, de la colère – et autant de réalités humaines contenues ici, et que je rencontre avec humilité. Car j’ai appris qu’une écoute qui sait n’entend plus. Une écoute qui juge n’accompagne plus.

Je l’observe régulièrement dans mon travail d’aumônier : la vie demeure et s’atteste ici, à Champ Dollon. Les aumôniers en sont témoins, avec d’autres que j’ai cités plus haut. Témoins mais acteurs aussi. L’aumônier, en particulier, manifeste une attitude de miséricorde du Christ, tout aussi choquant que cela puisse paraître parfois. Mais je viens apprendre ici ce que veut dire miséricorde en un tel lieu. Comme nous y invite Jésus lui-même dans un texte où il se tient avec des « gens de mauvaises réputation » : 11En voyant cela, les Pharisiens disent aux disciples de Jésus : « Votre maître mange avec les employés des impôts et avec les pécheurs. Pourquoi donc ? » 12Jésus les a entendus et il dit : « Les gens en bonne santé n'ont pas besoin de médecin. Ce sont les malades qui en ont besoin. 13Allez donc apprendre le sens de cette phrase des Livres Saints : “Je désire l'amour, et non les sacrifices d'animaux.” En effet, je ne suis pas venu appeler ceux qui se croient justes, mais ceux qui se reconnaissent pécheurs. » (Mt 9, 11-13).

A Pâques, en célébrant la résurrection du Christ, la vie prendra ici une largeur et une profondeur, une intensité particulière, qu’aucun mur ne peut contenir : le Christ est Vivant, et sa présence libère de la vie. Par-delà les murs, par-delà même la vie.


Eric Imseng, diacre à Jussy,
aumônier à Champ Dollon