DIACONAT ROMAND
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Itinéraire diaconal M. Gardiol
Diacre à l'AGORA (GE), A.-M. Reinmann
Aumônier de prison à Champ-Dollon GE
Diacres en milieu professionnel
Itinéraire diaconal M. Gardiol
Quand la diacre "joue au pasteur", A.-M. Droz
Itinéraire diaconal, Maurice Gardiol
(mai 1994) - publié dans Evangile et Cité


J'ai découvert le diaconat suite à l'appel que m'a adressé une paroisse alors que je travaillais comme assistant social au Centre social protestant de Genève. Cette communauté désirait former une équipe de ministres complémentaires pour animer la vie paroissiale. Elle était parvenue à la conviction que sa mission pourrait être d'autant mieux stimulée avec un serviteur-pasteur et un serviteur-diacre, différents non seulement par leurs personnalités, mais encore par leurs formations et leurs compétences.
Dans la pratique, j'ai découvert la richesse et la dynamique d'un tel projet. Fini l'idée du "pasteur-à-tout-faire" hérité d'une tradition où l'église était au milieu du village et le pasteur au milieu de l'église ! Comme si l'Eglise fidèle à son Seigneur, servante et résistante, ne pouvait être ailleurs que dans les marges d'un monde dominé par le pouvoir, l'avoir et le savoir.
J'ajoute encore que la diversification du ministère ne s'arrête pas aux seuls pasteurs et diacres, mais aussi à la revalorisation de ceux de conseillers de paroisse (ou d'anciens) et de catéchètes, ainsi qu'à la redécouverte d'une communauté où chacun(e) a sa place et un charisme à exercer pour le bien de l'ensemble. Lorsqu'une telle vision est mise en pratique, n'est-ce pas le signe que l'Esprit agit ?
Ceux et celles qui, il y a une trentaine d'année ont encouragé les Eglises romandes à revivifier les ministères diaconaux étaient conscients des nouveaux défis que les chrétiens devaient relever aujourd'hui. Dans un monde sécularisé, il n'est plus possible de croire par habitude ou par tradition. Les valeurs de la majorité silencieuse ne sont plus celles issues d'une lecture et d'une méditation de l'Evangile. Je ne suis du reste pas sûr qu'elle ne l'aient jamais été. Simplement l'appartenance à une civilisation dite chrétienne pouvait créer l'illusion. La situation est donc à la fois plus claire et plus complexe. Pour répondre à cette nécessité de vivre une foi mieux enracinée dans la Parole et plus pertinente dans son témoignage, les ministères diversifiés sont une nécessité.
Dans un cadre paroissial, la question de savoir comment se vit pratiquement cette complémentarité resurgit souvent. Le protestantisme a redécouvert la richesse d'une lecture personnelle de la Bible. Mais la médaille a son revers : cette perspective nouvelle a renforcé un individualisme qui déteint jusque dans la conception des ministères. Il n'est alors pas rare de voir des ministres et des paroissiens qui vivent les uns à côté des autres en cherchant jalousement à conserver ce qu’ils considèrent comme leur identité et leur spécificité.
Ils vivent dans la crainte que les autres viennent marcher sur leurs plates-bandes ou contestent leur manière de faire. Au culte dominical, on s'assied les uns derrière les autres. Beaucoup de choses passent par la tête, peu par le coeur ou par le corps. C'est le modèle "propre en ordre" qui
peut s'illustrer par cette première image. Il est plus ou moins visible, mais je crois qu'il peut se retrouver aussi bien dans des paroisses réformées que dans des communautés évangéliques réputées plus souples et moins rigides dans leur pratique des ministère.

Cette image me semble montrer comment la diversité et la complémentarité des ministères devrait être comprise à l'écoute des textes évangéliques et apostoliques. Il n'y a pas un modèle unique, mais tout nous montre qu'il n'y a pas de réelle hiérarchisation, ni de tâches réservées dans les divers services que l'Esprit suscite au sein de la communauté. Il y a probablement des responsabilités particulières pour le docteur, l'ancien, le diacre ou le prophète (les listes des ministères varient du reste d'une épître à l'autre). Mais il y a surtout un appel à vivre ensemble la mission de l'Eglise pour qu'elle sache répondre avec pertinence aux différents défis qu'elle rencontre. Si donc les formations et les conditions de l'appel des uns et des autres est diverses, il n'y a pas des "chasses gardées" dans l'Eglise. Ainsi, dans la pratique, les différents ministères vont pouvoir se croiser et s'entrecroises en fonction des besoins, des compétences, des charismes et des circonstances pour entraîner une communauté vivante. Je me rends compte du reste après coup que ce schéma ressemble étrangement à celui de l'ADN, chaîne fondamentale de toute vie biologique. Jolie parabole !
Qui dit vie dit aussi évolution ! Le diaconat d'aujourd'hui n'est pas celui des Actes, ni celui du temps de Calvin. Il en est probablement de même pour les autres ministères. Ce qu'il importe de retenir de l'enseignement du Nouveau Testament, tel qu'il a été repris par les Réformateurs, c'est cette nécessité de ministères diversifiés pour permettre des communautés bien articulées et bien intégrées. C'est pourquoi je reste convaincu que dans les paroisses d'aujourd'hui, il y a place pour des diacres qui rendent concrètes cette diversité et qui l'encouragent.
Le diaconat donne aussi la possibilité à l'Eglise d'intervenir dans des domaines qui relèvent de sa mission, mais qui exigent des connaissances nouvelles ou des approches "profesionnelles". Après avoir passé une dizaine d'année en paroisse où j'ai surtout essayé de renouveler l'animation des groupes et des célébrations cultuelles communautaires, l'Eglise a fait appel en 1986 à mon expérience professionnelle antérieure dans l'assistance aux réfugiés pour me demander d'évaluer la manière dont elle pourrait aujourd'hui rejoindre les exilés, et ceux qui travaillent avec eux. Ma connaissance du travail social, des institutions, de la problématique de l'asile a je crois permis aux Eglises de Genève de se rendre mieux présentes sur ce terrain difficile et d'intervenir avec une certaine efficacité.
L'Aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile (AGORA) est aujourd'hui animée par trois diacres à temps partiel (deux protestants et une catholique) et une quarantaine de bénévoles de différentes églises et communautés de Genève. Dans l'accueil des exilés, nous nous voulons les témoins de l'accueil du Christ. Mais dans les regards que nous croisons, il n'est pas rare que nous nous sentions nous-mêmes rencontrés par Lui ! Dans le cadre de notre groupe d'appui, lui aussi oecuménique, nous trouvons le soutien dont nous avons besoin : le partage, la
prière, l'éclairage biblique ou théologique sur ce que nous vivons dans un quotidien
fait à la fois de tragique et de beaucoup de sourires. Et lorsque nous sommes
découragés par tant de misères, par la dureté de certaines décisions, par le manque
de courage de certaines autorités, nous nous ressourçons dans la parole de Jésus
qui est au coeur de notre ministère diaconal : "Je ne suis pas venu pour être servi,
mais pour servir". C'est une parole de résistant qui ne baisse les bras que pour aider
ceux qui sont courbés, écrasés, paralysés, à se relever et à découvrir la tendresse
de Dieu toujours proche d'eux.
Maurice Gardiol